« Ce qui est troublant »

Atelier pour tous
proposé par Sylvie Caty

La limpidité a été altérée, la transparence ne laisse plus passer sa lumière, on déchiffre moins bien. Un certain floutage embrume nos yeux, perturbe l’esprit. Tout est diaphanéité. En un mot, c’est pas clair ! L’émotion nous a-t-elle trahi, y a-t-il une connaissance qui nous a échappée ou avons-nous un défaut visuel ? 

On m’a raconté un jour l’histoire suivante : Monet, à la fin de ses jours perdait progressivement l’acuité visuelle, souffrait de catarate et malgré cette infortune, continua à peindre envers et contre tout. Il me plait donc de croire que grâce à cet handicap ses dernières peintures étaient le reflet de ce qu’il voyait réellement sans vouloir consciemment entretenir la notion du confus. N’est-ce pas troublant ? Et voyez-vous aujourd’hui comment ses peintures au final sont appréciées... pour ses touches impressionnistes, certes, mais n’en doutons pas pour ce "nouveau genre". Les défauts ont parfois bien des qualités insoupçonnées.

Je vous suggère l’idée de rendre tout ce qui vous entoure flou, brumeux, trouble, de le rendre dicible. Si vous avez des lunettes, super ! Enlevez-les et dessinez, peignez car pourquoi cacher cette particularité, elle fait partie de vous, de votre singularité. Sinon, vous pouvez toujours embuer, diffuser, enfumer votre pièce, inventer des lunettes dont les verres sont polis ou bien éplucher des oignons. ;-) :-
Là vous rentrerez dans la performance, l’installation.

Nous entendons souvent parler du"flou artistique" au sens péjoratif qui viserait à brouiller la lisibilité d’une œuvre ou lorsque les arguments sont faibles ou une prise de position ambigüe.

À savoir : Si vous utilisez l’appareil photo, ne confondez pas le flou de bougé (mouvement de l’objectif pendant l’exposition) et le flou cinétique (mouvement du sujet photographié et non à l’instabilité de l’appareil). Le Bokeh est le nom désignant le flou en arrière-plan en photographie.

Le cinéaste John Cassavetes a une désinvolture à l’égard de la technique et préfère largement garder des scènes floutées d’où se dégagent une émotion forte au détriment de la technique.

Georges Braque : "L’art est fait pour troubler, la science rassure."

Voici quelques références :

  • films de John Cassavetes : Shadows, Faces, Une femme sous influence. Avec cette émouvante, déconcertante, bouleversante actrice, Gina Rowlands ;
  • David Lynch, photographe, cinéaste, peintre, utilise souvent le flou dans ses images, ce qui leur donne une charge mystérieuse ;
  • une peinture de Gerhard Richter : The painted illusions